Ils incarnent la réaction new age au stéréotype du «salaryman» japonais (le cadre supérieur qui passe sa journée au bureau puis se saoule la gueule le soir pour oublier qu'il a aussi une vie et une famille), autrement dit: leur père. Ça part d'un bon sentiment, mais comme toutes les idées répondant d'une manière radicale à des concepts déjà extrêmes, ces jeunes «herbivores» finissent quand même par nous écœurer.
Il s'agit en fait de la version japonaise des yuppies du Plateau. Ce qui implique que derrière les kits U&I cintrés et les lunettes à grosses montures se cache en fait plus d'une névrose. Les herbivores se définissent en priorité par des mœurs méconnues qui démocratisent plus ou moins le fait d'être asexué. Non pas qu'ils refusent catégoriquement de baiser, mais ils ne font jamais le premier pas avec les filles. Et ils n'ont pas vraiment envie non plus. En fait, ils ne bandent jamais.
Le deuxième point sur lequel se raccordent tous les herbivores (sérieusement, quel nom faible) est d'ordre économique. Ils refusent de reproduire les mêmes erreurs que leurs aînés qui s'étaient transformés en gros cons inhumains et machistes passionnés par le fait de faire du cash. Pour ce faire, ils ont décidé de ne pas avoir d'ambition et de se limiter à des jobs sans responsabilités un peu ridicules, mais qui leur permettent quand même de s'acheter des desserts ridicules confectionnés à partir de produits issus de l'agriculture biologique.
Parce que sous leurs airs de hippies sains habillés comme Pierre Lapointe, les herbivores cachent des passions insupportables. La plupart maquillent leurs sourcils, mettent des crèmes pour la peau et mangent des desserts complexes à base de multiples coulis fruités. Mais pas ceux qui ont un goût de café, qu'ils considèrent comme étant «macho» et «rétro». Ils aiment aussi la plupart des affaires qui inspirent l'ennui, tels «la famille», «le respect», «les amies» ou encore «les conseils».
Tous ces concepts lourds sont en réalité des idées inventées par les femmes, qu'ils vénèrent par-dessus tout. Les herbivores respectent la féminité. Ils sont tellement féminins qu'ils ont fini par avoir peur des femmes, qu'ils pensent agressives. «De nos jours, les femmes ont plus de diplômes que nous et s'épanouissent dans leur travail. Les femmes font peur à présent.»
Le sociologue Maki Fukasawa, auteur du premier livre à propos des herbivores, The Herbivore Generation, a divisé le mouvement en 23 sous-catégories distinctes, toutes différenciées par des critères un peu vagues et très ennuyants. Ce qui revient à dire qu'il existe 23 nuances d'hommes faibles japonais, qui se transformeront vite en 46 types de cons lorsque le phénomène débarquera en Amérique du Nord, donc 92 futurs sous-genres de fils de gros épais moralisateurs queb' à foulard. On va être bons pour écrire environ 342 389 456 autres critiques de disques.
ALLAH AWKWARD
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