Dans les années 60, être un band et rester inconnu était assez normal. Plusieurs groupes n'ont connu la gloire que bien plus tard auprès de la génération Nuggets et plus récemment de la génération Napster, dont je fais moi aussi partie. Le cas des Alarm Clocks est assez particulier. Le groupe a eu une vie très courte, alors que leur guitariste a été appelé au front. Formé en 1965, le groupe disparaît en 1967. Durant cette année et demie, ils enregistrent un seul simple, l’autoproduit Yeah!, qui se retrouve sur les compilations Back from the Grave, lui assurant une reconnaissance éternelle chez les garageux présents et futurs.
Parcours assez normal donc pour un band obscur? Que nenni! The Alarm Clocks allaient se reformer 40 ans plus tard non pas pour faire deux ou trois concerts pour les baby-boomers, mais plutôt pour reprendre le temps perdu. Un nouveau membre, fan du groupe, se joint à eux pour l’enregistrement de The Time Has Come en 2006 sous Norton Records. Le temps, également, de faire quelques concerts sélectionnés (NYC, SXSW, LA, Memphis) et de venir nous visiter pour la première fois à Montréal. Ceux qui trouvaient que le chanteur des Sonics était devenu pépère avec sa voix de chanteur de charme seront heureux de voir The Alarm Clocks, puisque les cris primaux le sont apparemment encore plus qu'en 1966! Entretien avec Bruce Boehm, guitariste original et vétéran du Viêt Nam!
Vice: Est-ce que vous sentiez que vous aviez quelque chose qui était resté incomplet, pour revenir, faire un album, des shows, etc.?
Bruce Boehm: Non. En fait, l’histoire de notre réunion est un peu longue et il y avait un paquet de pièces dans le casse-tête qui devaient se mettre en place pour que ça arrive! Si on n'avait pas fait de 45 tours (Yeah!), on ne serait pas en train de se parler en ce moment. On n'aimait même pas le disque à l’époque. Pis là, 20 ans après, ça nous revient dans la face d’un peu partout. Mais le problème, c’est qu’on avait complètement perdu la trace de Mike Pierce, notre bassiste et chanteur... Quand on l’a retrouvé, à l’automne 2005, la roue s’est mise en marche et Norton nous a demandé de nous reformer et le Beachland Ballroom a organisé un show. On était pas mal nerveux, ça faisait quatre ans qu’on n'avait pas joué. Depuis, on a joué à Memphis, SXSW, New York. Puis, on a sorti l’album et on a du fun, mais on s’est dit: «OK, on a eu du fun, mais on a fait notre temps...» Mais là, on est de retour avec le Wooly Weekend et une couple d’autres choses un peu partout.
Plusieurs personnes vont être surprises d’apprendre qu'About Time est un album enregistré en 2006. Tom Palon s’est aussi ajouté au line-up comme guitariste. Est-ce que c’était l’élément manquant à votre groupe pour enfin sonner comme vous vouliez?
Tom était un de nos plus grands fans. C’est un de ceux qui nous ont retrouvés à la fin des années 80. On a même joué avec son band. Et après le show de Cleveland, on s’est parlé et on s’est dit qu’on pourrait jammer. Parce que moi, tout ce que je sais jouer, c’est des power chords. Donc, on a jammé avec Tom et il s’est avéré que c’était un peu le gars qui nous manquait il y a 40 ans, c’est même ce que Mike lui a dit après 5 minutes de jam! À l’époque, il devait être en première année ou quelque chose du genre. Sinon, tout s’est mis en place. Mike sonne mieux qu’à l’époque: il crie mieux et joue mieux. Il n'a jamais vraiment «quitté» les années 60! Moi, je joue sur mon Super Reverb original et on a plein de trucs sixties aussi. Sur scène, je porte même mes vieilles Beatle Boots de 1966!
C’est toi qui es parti au Viêt Nam... Ça a été dur de partir? Est-ce que le band t’est resté en tête tout ce temps?
Ouais, une grosse partie de moi est restée avec le band. Je venais de finir le secondaire, c’était l’été 67, j’avais beaucoup de dettes, notamment à cause de mon ampli et d’autres trucs. Je devais me trouver une job, j’avais fini l’école... Au début, j’avais l’intention de partir une couple de mois sur les frégates des Grands Lacs, de revenir avec le band et de reprendre là où on l’avait laissé. Mais je savais que j’allais être recruté, ce qui s’est finalement passé, et j’ai été 14 mois au Viêt Nam et au Cambodge comme fantassin. Pour moi, ma vie de band était finie, enterrée... 40 ans après, nous voilà!
Es-tu allé dans la jungle profonde?
J’ai été dans la jungle durant 14 mois...
Y a des événements qui t’ont marqué durant ces 14 mois?
J’essaie de ne pas trop y penser... Des fois, j’ai l’impression que c’était hier. D'autres fois, j’ai vraiment l’impression que ça fait 40 ans et que c’est loin. C’était quelque chose... J’ai été recruté, je devais y aller, j’y suis donc allé. J’ai vu des combats, mais, merci mon Dieu, pas trop. Je suis revenu, reparti sur les bateaux. Et j’ai passé 41 ans à travailler sur des bateaux. J’ai pris ma retraite en mai. Ces temps-ci, je passe pas mal juste mon temps à rocker et à roller!
Vous en écoutez encore, du garage?
Présentement, tout ce que j’écoute se retrouve dans le balado Garagepunk.com. Comme pour les bands avec qui on joue à Montréal, je les ai tous écoutés sur MySpace!
C’est quoi la différence entre jouer en 2009 et jouer en 1967?
Présentement, c’est une autre époque. On a eu une super grosse foule à Memphis et à SXSW. Avant on jouait dans des gymnases directement de nos amplis, pas de gars de son, pas de moniteurs, pas de speakers. Et là, on arrive au Beachland Ballroom avec un, oh my god, super gros équipement de son. Je me souviens qu’à la fin, le gars me demande si le mix des moniteurs était correct. Je lui ai répondu que j’en avais aucune idée, j’avais jamais eu ça, un mix de moniteurs! C’est encore comme ça qu’on pratique, dans mon sous-sol. La première fois que Mike est revenu dans mon sous-sol, il m’a dit: «J’ai comme un flashback, là... C’est pareil comme dans le temps!». C’est une autre affaire, ça: on joue comme dans le temps. Parce qu’on aime la musique. Et comme dans le temps, y a pas d’argent...
Est-ce qu’on peut s’attendre à un show de pépère avec les Alarm Clocks?
En fait, je vais te dire que j'ai le même feeling qu'à l’époque: on était jeunes et pas mal malades par bout. On sautait partout sur la scène. Moi, je grimpais sur les amplis. C’est d’ailleurs une des affaires qui m’ont agacé: est-ce que je vais pouvoir sauter de mon ampli? Les premiers shows, j’étais pas mal nerveux, j’arrivais pas à regarder la foule. Maintenant, ça va mieux, c’est pas comme si j’allais pisser dans mes culottes chaque fois. Mais t’sais, ça fait 40 ans. Je saute encore beaucoup, mais dans ma tête... J’ai 60 ans quand même...
Et le reste du groupe?
Une des premières questions que j’ai posées à Mike quand on s’est retrouvés, c’est: «Peux-tu encore crier?» Parce que sinon, on ne peut pas être les Alarm Clocks... On a fait nos deux premières répétitions un ton plus bas pour ménager sa voix, mais après trois ou quatre répétitions, on a recommencé à jouer tout sur la note originale. Mike s’est mis à crier... mieux qu’avant!
C’était une marque de commerce du band? Ça explique le nom? Je croyais que c’était une sorte d’hommage au Strawberry Alarm Clock?
On a senti dès le début qu’on avait besoin d’avoir un nom qui était loud, qui allait réveiller le monde! Je sais plus trop qui a eu l’idée, mais ouais, c’était l’esprit du band et voilà!
Une setlist?
On joue que des pièces originales: beaucoup de trucs qui viennent de About Time mais aussi du prochain album et du suivant! On joue peut-être deux covers en tout.
Deux albums à venir? Alarm Clocks est donc un band avec un futur plus important que son passé?
Mike prétend qu’il peut écrire trois chansons par jour et j’ai plutôt tendance à le croire.
PIERRE B. GOURDE
The Alarm Clocks, au Théâtre Plaza pour le Wooly Weekend, le vendredi 7 août 2009.
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Rédigé par : MckeeLOUISE35 | 29/06/2010 à 21:55