Toujours pour notre fabuleuse série d'entrevues quasiment de fond avec des groupes qui se produiront au Wooly Weekend, on s'est assis à la terrasse de L'Esco avec Luc, le chanteur des Breastfeeders pour savoir un peu ce qu'ils faisaient de bon ces temps-ci. Dans le fond, c'est la même chose qu'à toutes les semaines, quand on va boire à L'Esco, sauf que cette fois-ci, on a amené une enregistreuse. En gros, on a posé trois questions à Luc et il nous a fait un feuillet complet sur le rock and roll. Bien aimable.
Vice: Ça vous excite un peu de jouer au Wooly Weekend? Qu'est-ce que tu ne veux absolument pas manquer?
Luc (chanteur): Je n'ai jamais vu aucun band des années 60 à part les Beach Boys, et la programmation du Wooly Weekend, mettons que c'est vraiment autre chose... Quand j'en ai entendu parler, je me suis dit, ayoye! J'ai jamais pensé voir le nom de mon band sur une affiche comme ça! Je l'aurais fait juste pour le poster! Ce qui est triste c'est que le lendemain, moi, j'ai un show à Alma, donc je vais manquer Question Mark and the Mysterians, que j'aime vraiment beaucoup... Je sais pas si tu connais Bruno Tanguay (Satan Bélanger), c'est un vieux de la vieille. Il a ouvert un magasin de vinyle dans les années 80, puis il a toujours eu des bands ben étranges. On était à un souper, puis je lui ai dit: «Aye, as-tu vu le festival tabarnak, c'est écoeurant! Il vont reformer The Seeds!» «Ben non ça se peut pas, Sky Saxon... Y est mort!» «Ben non, voyons!» «Ben oui, il est mort le même jour que Michael Jackson, y a cinq jours!» «Quoi? J'avais pas entendu parler de ça!» Mauvais timing. Même Farah Fawcett a passé dans le beurre.*
La scène rétro est en santé à Montréal, non?
Moi, ça m'a toujours fait chier d'être catégorisé comme un band rétro; je ne considère pas qu'on est un band garage 60s. On est vraiment à cheval sur trop d'affaires. J'ai jamais dit qu'on était un band yé-yé même si on l'a entendu partout, j'ai jamais eu le culot de dire ça parce que je sais très bien que c'est pas vrai. Il y a 20 ans, si tu tripais sur des bands comme Les Lutins ou si tu préférais le premier 45 tours des Stones à la place de ce qui sortait, y avait tout le temps du monde qui disait «ben oui, mais t'étais même pas né, pourquoi t'aimes ça?»
Le rock and roll, pour moi, c'est comme le jazz ou le blues. C'est une musique qui se sculpte d'une certaine façon, avec une attitude qui y correspond. C'est pas juste un phénomène de mode. C'est sûr que dans la culture populaire, quand y a des trucs qui sortent, c'est dans l'air du temps, ça s'inscrit dans un mois, deux mois, puis après ça c'est plus là. Après coup, quand tu regardes, tu t'aperçois que finalement y a eu une sorte de courant puis il y a toujours des gens qui vont l'utiliser comme référence. Pour moi, le rock and roll, ça englobe ben des affaires, le garage entre autres, le psychédélique aussi. D'ailleurs, les gars qui organisent le festival ont pas l'air vieux vieux! Avant, t'étais un peu plus fucké quand tu t'intéressais à ça, mais en même temps, moi, j'ai toujours voulu qu'il y ait plus de monde possible qui connaisse ça, parce que je tripais ben raide là-dessus. J'ai jamais vu ça comme de la nostalgie. Elle est jamais morte, la scène garage à Montréal, donc on peut pas dire qu'elle renaît. Elle a toujours été là. Les années 80, c'était une belle époque.
Moi, comme d'autres, c'est pas mal parce que je détestais tellement la musique des années 80 que j'ai commencé à écouter la musique des années 60 et 50. Quand le dance est arrivé, j'ai déchanté pas mal et j'ai commencé à aller fouiller dans les disques de mon père. Bizarrement, aujourd'hui, j'écoute des hits des années 80 et je trouve que c'est bien fait. À l'époque, ils étaient sur tous les estis de magazines et ils me faisaient chier, l'ostie de gang de cons! Ils étaient peut-être pas méchants, mais ils me faisaient tous chier avec leur look dégueulasse. Ils me font rire les jeunes qui disent qu'ils s'habillent «années 80», y a personne qui avait l'air de ça dans les années 80! C'était les pantalons baggys qui étaient à la mode, pas les pantalons cigarettes! Ils allaient voir un show de Madonna, ils avaient des grosses culottes ballon. Serrées en haut, larges dans le milieu et serrées dans le bas. Ostie de crisse! Tu savais jamais si la fille était bien faite. Jamais jamais!
Ça fait un bout qu'on ne vous a pas vus. Êtes-vous en break?
On a arrêté de tourner en septembre dernier, ça fait bientôt un an. À part de ça, on a fait un show pour l'anniversaire de L'Esco, ça faisait du bien de se retrouver. Sinon, on est en train de composer des tounes. Puis, ça va moins vite que j'aurais aimé. C'est sûr que quand on arrête de tourner, on tombe vraiment pauvres donc on travaille beaucoup. C'est plus compliqué. Ça fait un mois qu'on est censés faire les maquettes de deux tounes, mais qu'on n'arrive pas à se pogner tous en même temps. On a quand même beaucoup de trucs,
mais je veux continuer à fouiller. C'est toujours la même chose; on
veut pas changer de style, et en même temps, on veut pas trop se répéter
non plus. On pourrait quasiment arrêter là puis rentrer en studio, la
pré-prod est déjà assez avancée. Ça nous fait peut-être du bien. On a vraiment vécu les quatre dernières années les six ensemble.
Le premier pays qu'on a vu, c'était le Canada anglais. On s'est aperçu que c'était pas si étranger que ça. J'ai été ben surpris. Surtout qu'on est un band francophone et qu'il y a beaucoup de francophones qui venaient à nos shows. Le gros cliché du Canada anglais, t'sais, que les bars ferment à 11h et que le monde est dull, c'est pas vrai du tout. Quand tu trouves la place de rock, c'est autre chose... C'est la même affaire qu'icitte! Le monde s'habille de la même façon, les DJs ont tous les mêmes disques. On a fait les États-Unis de Boston à Los Angeles. On a fait la Suisse, la France, l'Espagne, l'Angleterre et c'est pas mal toujours la même histoire. C'est-à-dire les gens se ressemblent et ont pas mal tous les mêmes goûts musicaux. Souvent, les gens ne nous connaissent pas quand c'est notre première visite pis le party pogne pareil, même s'ils ne comprennent pas ce qu'on chante. Je suis tombé amoureux de Barcelone...
Barcelone, ville du rock?
J'ai vraiment tripé Barcelone, parce qu'on jouait à 1h30 du matin, pas de première partie rien, le seul band de la soirée. Le bar ouvrait les portes, je pense, à minuit. À 1h ça commençait à arriver, au compte-goutte, puis quand y a eu le show-call, j'me suis dit «fuck, y va avoir 20 personnes...» Non non! Y avait comme 200-300 personnes puis ça rentrait encore, puis y avait des super DJs. Un moment donné, on était sur la piste de danse tout le monde à se dire «Ouain, quelle heure il est?» «Y est quoi, 3h30?» Non non, y était 5h30, puis le pire c'est qu'il n'y avait personne de malade, personne de déconfit ou de trop chaud, tout le monde est relax, s'amuse. C'est une soirée habituelle pour eux, jusqu'à 5h du matin. Pis c'était un beau mix de crowd aussi. Autant y avait des Skins, des Skas de la vieille école, des Mods, autant y avait des garages, néo-garages. Et tout le monde sort à la même place. Les DJs mélangent souvent tout ça de toute manière. Paris, c'est l'fun aussi. Un moment donné, on va à un petit bar rockabilly et notre roadie va voir le barman «Oh, j'ai un band québécois, c'est pas vraiment rockabilly ce qu'ils font, c'est garage avec des tounes qui font un peu 60s, puis la semaine prochaine on a un break de 3 jours, as-tu un spot?» Il fait ça sans nous en parler. En réalité, j'étais content de ne pas avoir de show à Paris, c'était enfin des vacances. Finalement, il nous booke. Fuck. On a passé la soirée à attendre nos amis et tout d'un coup c'était full monde, comme on n'en avait jamais vu de notre crisse de vie! C'est vraiment un petit bar en plus, c'est pas une place comme La Cloche D'Or où tout le monde va. Ça fait vraiment chaud au coeur. T'es à Paris, tu calles un show puis ça se remplit. Tu te dis: «Ouais, quand même, ça va bien!»
* En 1969, Sky Saxon a découvert Dieu et est devenu un fidèle du culte Ya Ho Wa 13, adorateur de la nature. Il déménage ensuite à Hawaii, où il enregistre des albums en hommage aux Chiens. Début 2004, il reforme le groupe et commence une tournée européenne, mais deux des membres du groupe le quittent en Grèce. Il retourne alors en Angleterre, où il choisit de vivre, et forme un nouveau groupe, Atlantic Rising, avec d’anciens membres de Spacemen 3 et des Scientists. Sky Saxon est décédé le 25 juin 2009 à Austin, Texas, après une courte hospitalisation. Les causes de sa mort demeurent nébuleuses.
JP TREMBLAY
Les Breastfeeders au Théâtre Plaza pour le Wooly Weekend, le jeudi 6 août 2009.
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