On a envoyé Gab Toug'Fresh rencontrer Sébastien Tellier dans sa chambre d'hôtel, la journée de son spectacle au Cabaret. On savait qu'elle était fan, alors on a juste voulu lui faire plaisir. Après avoir lu son introduction, genre poème, reproduite ci-bas, on s'est dit que, vraiment, elle était la seule qui comprenait l'imaginaire touffu (c'est le cas de le dire) du barbu français.
Je n’aurais pas pu mettre ma langue dans sa bouche, ni même sur son torse, mais j’avoue que l’idée m’avait traversé l’esprit… Je m’étais sentie plus femme, moins fille, plus dune, moins colline. J’avais invité mon ami Grandom, au son, pour me donner du courage. Ce fut la première entrevue de ma vie. Je ne pensais pas qu’elle se terminerait avec un pain POM ultra blanc sous la main. Sébastien Tellier et Lise Dion, même combat.
VICE: Combientième fois à Montréal? Je me le demandais.
Sébastien Tellier: J’ai dû venir déjà 4-5 fois en tout. Je suis venu tourner un film
pendant longtemps ici. Un film qui s’appelle Steak, un film français avec Éric et Ramzy, deux comiques français. Je suis resté pas mal longtemps, mais comme j’étais malade, j’étais toujours soit sur le plateau ou soit dans ma chambre d’hôtel. Donc j’ai rien vu. Quand on vient en concert, on n'a rien le temps de voir non plus. Donc, je suis venu plusieurs fois, mais je ne connais absolument pas la ville.
Donc, vous ne savez pas si on a un potentiel sexuel ou pas, ou quelque chose comme ça?
Potentiel sexuel, ouais. Je le sens un peu partout finalement. Mais, euh… non. Si, si, si, un potentiel sexuel, ouais si si, c’est sûr. Enfin, j’ai vu quelques jolies filles en tout cas.
D’accord.
Dans la dernière année, je pense qu’il y a eu un véritable mouvement amoureux dans la musique. Technikart a consacré un numéro complet à ce sujet, comme quoi il y a eu une vague de musiques, de groupes ayant comme thème l’hommage à la tendresse, non
seulement à l’amour, mais aux forces de la nature, aux animaux, aux couleurs, tout ça. Est-ce que, selon vous, ça peut influencer véritablement un public à voir la vie d’une autre façon?
Ben, je sais pas. Je pense que les musiciens sont autant inspirés par les gens que les gens sont inspirés par les musiciens. Cet espèce de truc effectivement de couleurs, de tendresse, et tout ça. Comme avec le groupe Empire of the Sun, les Australiens, ils sont très là-dedans, c’est super et tout. Je pense qu’eux s’inspirent aussi de ce qui se passe autour d’eux, ils le restituent en musique, et ceux qui sont un peu en retard, eux, ils prennent ça, et ils le refont chez eux, en quelque sorte, je sais pas. Mais je pense que tout se mélange finalement.
S’influence.
Voilà. Surtout que j’ai l’impression que les bons musiciens modernes sont aussi des gens qui oublient un peu le côté «maître». Je pense que les vrais bons musiciens de maintenant ne sont plus des dominateurs comme c’était le cas pendant les années 70, où c’était vraiment la rock star, après, il y a eu les guitar heroes. Des gens qui dominaient, quoi. Et je pense que ça, c’est vraiment en train de s’effacer et que de plus en plus, un grand artiste, ça doit être quelqu’un qui, finalement, se mélange à ce qui l’entoure.
Avec Sexuality, qui a une grande force émotionnelle, est-ce que vous avez remarqué des réactions plus singulières de la part de votre public à la sortie de l’album? Des trucs spectaculaires?
Oui, alors, il y a eu beaucoup de spectacles grâce à Sexuality. J’ai énormément de sous-vêtements qu’on jette sur scène et tout, donc ça, c’est agréable. Mais le mieux quand même, ce qui a été pour moi le plus grand cadeau pour l’instant depuis que je fais des concerts, c’est à New York, où un couple a fait l’amour pendant le concert au milieu du public. Deux personnes du public, hein! J’ai pas engagé des… un… c’était du vrai public. Et ça, c’était bien, j’étais vraiment récompensé, parce que Sexuality, c’est aussi fait pour donner envie. Et donc là, ça marchait pleinement, c’était génial.
L’avez-vous déjà fait en écoutant votre propre album?
Ah non, ça, je peux pas. Ça serait trop masturbatoire. Pour moi, c’est impossible. Et d’ailleurs, c’est comme pour produire l’album, j’ai toujours produit mes albums d’avant tout seul, c’est-à-dire, j’ai composé, tout fait seul, et là, j’ai voulu le faire avec quelqu’un d’autre, c’est avec Guy-Manuel de Daft [Punk]. Parce que, justement, pour faire un album sexuel, il ne faut pas que ça soit trop perso. Imaginons un mec qui fait un film à propos de sa sexualité, lui, il joue, il produit, il fait la musique. Il y a un côté comme ça, vu que ça parle justement de sexe, masturbatoire, un peu sale, et pour éviter ce côté sale, c’est pour ça aussi que j’ai travaillé avec Guy-Man, parce qu’on était plus comme un duo, comme un couple amoureux créant de la musique ensemble, disons. Mais au moins un couple, pas un truc euh… voilà, donc. Moi en tout cas, enfin, tout genre d’idée me gêne quand je parle de sexe, j’ai pas envie d’être tout seul à en parler, disons. Et ça me ferait un peu ce même effet si j’écoutais ma musique en faisant l’amour, il y a un côté moi avec moi…
Justement, cette collaboration-là, est-ce que vous allez la répéter?
Certainement avec Guy-Man. Je vais refaire de la musique avec Guy-Man, ça, c’est une certitude. On l’a déjà refait un petit peu ensemble, quand on peut se croiser. Après, est-ce que le prochain album sera produit par Guy-Man? Ça, je ne sais pas encore. Peut-être que oui. Après, on verra. Parce qu’il faut d’abord que je termine de composer pour avoir une idée plus claire de ce qu’il faut faire par la suite. Mais même si c’est pas le suivant, ça sera un autre plus tard de toute façon.
Pour ce prochain album, finalement, le concept est déjà trouvé?
Le concept, voilà. Il y a un gros problème, c’est que j’ai toujours essayé de trouver des concepts de plus en plus pertinents, donc la famille, ensuite la politique, et maintenant le sexe. Et le sexe, finalement, je suis arrivé vraiment au bout, pour ainsi dire, de quelque chose, puisque comme le sexe, c’est la vie, c’est la reproduction, c’est finalement la base de l’humanité, la base de tout ce qu’on est. Donc c’est très dur finalement de trouver un sujet plus intéressant que le sexe. Donc, je sais pas du tout ce que je vais faire.
Ouais, il y aurait la nature…
J’aimerais savoir, comment vous créez vos pochettes d’album?
J’aime bien les pochettes d’album avec une véritable identité et tout ça. Bon. Et j’aime bien aussi raconter l’histoire de l’album sur la pochette. Pas juste une photo de moi ou d’une nature morte. Un truc qui raconte vraiment. Moi, souvent, je travaille avec des gens qu’en fait j’aime bien dans la vie, c’est-à-dire des gens que je connais déjà et avec qui je me sens parfaitement à l’aise. Et donc je m’adresse, par exemple là, à Manu Cossu, c’est quelqu’un de très gentil, qui a le cœur sur la main, donc je sais que le mec est apte à comprendre des idées à la fois de tendresse et avoir une vision du sexe qui soit pas juste nichons-cul-nichons, qui a aussi une vision poétique du sexe et donc, je savais que lui était comme ça. C’est quelqu’un d’hyper sensible et tout ça, donc je lui ai demandé de faire la pochette et il a inventé ça finalement.
Dans les autres albums aussi, et pas seulement Sexuality, il y a beaucoup d’images cinématographiques qui nous viennent en tête. Est-ce que vous, ça vous prend la tête aussi, le cinéma? Est-ce qu’il y a des séquences, des scènes qui vous inspirent?
Disons que le cinéma... ce qui est important, c’est quand on fait de la musique, il faut faire de la musique comme on fait du cinéma, il faut faire des disques avec un début, une fin, comme au cinéma, qu’il y ait des surprises, qu’on puisse rire, pleurer, et c’est important de vivre ça dans la musique. Se baser sur la musique pour créer de la musique, ça fait une musique insipide. Quand on fait de l’art, il faut toujours prendre les règles d’un autre art pour créer son art. Donc moi, j’ai pris le cinéma. Et c’est vrai que ce que je conseillerais, mais je suis complètement nul en cinéma, j’ai aucun conseil à donner, mais enfin, si j’avais à conseiller un jour des cinéastes, je leur dirais de faire des films comme on fait de la musique, tiens: avec du feeling, de l’instinct, un peu de sauvagerie. Voilà, c’est un petit peu ça et pas forcément de scénario.
En terminant, est-ce que vous avez souvent des coups de cœur musicaux qui apparaissent comme ça?
Oui, j’en ai plusieurs là, ces derniers temps. D’abord, j’adore Dennis Wilson, qui est le petit frère de Brian Wilson, des Beach Boys, et qui était dans les Beach Boys aussi. Il a fait un album perso qui s’appelle Pacific Ocean Blue, et ça, vraiment pour moi, c’est devenu le meilleur album de tous les temps. C’est le masterpiece total. J’adore.
Merci Sébastien, je vous aime.
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