L'attaque de Berlusconi l'autre jour a pu en soulager certains qui pensent que ce connard n'a eu que ce qu'il méritait, au final ça n'a fait que renforcer son pouvoir. Depuis l'incident, la majorité des figures de l'opposition italienne parlent de lui comme d'un « homme blessé », pendant que le reste du pays le considère comme une victime, et un héros. À présent, toutes critiques contre lui sont autant de statuettes du dôme de Milan lancées à l'encontre d'un homme de plus de 70 ans. Super.
Est-ce que ça veut dire que les milliers de personnes qui ont manifesté durant le « No Berlusconi Day » seront considérés à partir d'aujourd'hui comme de potentiels terroristes ? OK, c'est un peu extrême, mais vous vous souvenez de Raimondi Mesian ? C'était ce juge qui avait condamné pour corruption Finnivest, l'une des sociétés de Berlusconi. Ce mec a par la suite été suivi par Canale 5, la chaîne de télévision de Berlusconi, qui mettait en lumières ses « drôles d'habitudes » (qui se résumaient à beaucoup fumer et porter des chaussettes turquoises). Et l'histoire de la showgirl et modèle pour magazines masculins, Mara Carfagna (c'est la fille qui illustre le post), qui devient comme par magie Ministre Chargée de l'Égalité des Chances ? C'est vrai qu'on a envie de se marrer en entendant ça, mais le fait est que personne ne peut gagner contre Tonton Silvio.
C'est pourquoi mater Videocracy, le film-documentaire du suédois Erik Gandini, a été pour moi un tel soulagement. Ça commence par un court extrait de Spogliamoci Insieme (qui signifie, « Mettons-nous nus tous ensemble »), un programme télé de 1977 dans lequel des mères de famille se foutaient à poil, pour poursuivre sur l'empire des médias italiens et la dévolution culturelle orchestrée par Berlusconi. Erik Gandini l'appelait « La destruction de la démocratie par les seins et le cul ». Depuis, Il Presidente a conquis le coeurs de milliers et de milliers de votants. Enfin, de spectateurs.
Videocracy met en lumière la façon dont Berlusconi, grâce à son contrôle (presque) total des médias, a réussi à distraire les gens de la politique en leur montrant des femmes à moitié nues et un défilé de merde continu. J'ai fait mes valises et me suis achetée un billet pour la Suède à peine le documentaire terminé, et j'ai rencontré Erik Gandini en personne.
Vice : Salut Erik, et merci pour avoir réalisé ce documentaire. Qu'est-ce que tu cherchais à montrer ?
Erik Gandini : De mon point de vue, les Italiens sortent d'une longue expérimentation de 30 ans. C'est à la fois fascinant et complètement flippant de voir à quel point leurs priorités et leurs valeurs ont été manipulées par la télévision italienne et je me devais d'en savoir plus.
C'est pourquoi vous avez contacté le talentueux agent et proche de Berlusconi, Lele Mora ?
Oui et, fier de l'attention portée par Berlusconi jusqu'à l'étranger, Lele m'a invité dans sa maison de campagne en Sardaigne. Son boulot, c'est de rendre les gens célèbres en faisant la promotion de leurs actions, en arrangeant leur look, et en écrivant leurs speechs. Lui et Berlusconi sortaient dans les mêmes clubs, là-bas en Sardaigne. Je n'oublierai jamais son visage se décomposer lorsque la sonnerie fasciste de son téléphone s'est manifestée.
Cette scène est classique.
J'étais consterné mais je devais continuer à filmer. Puis il s'est détendu, n'imaginant pas l'effet que ça pouvait produire à l'écran. Ces gens ont l'habitude d'être admirés, quoiqu'ils fassent.
Vous pourriez m'en dire plus à propos de Fabrizio Corona, le protégé de Lele Mora qui a été condamné à quatre années de prison ?
C'est un paparazzi qui a été jugé pour faire chanter des célébrités, mais il a réussi à se refaire une image de marque et désormais, les gens payent pour pouvoir lui serrer la main. On le considère comme quelqu'un d'important parce qu'il a de l'argent, des femmes, des muscles et des tatouages : c'est une sorte de héros en carton. C'est peut-être le produit le plus éloquent de toute cette expérimentation.
Comment Videocracy a t-il été reçu là-bas ?
En Italie, la chaîne Rai ne nous a même pas laissé monter le trailer du film, prétextant qu'il était offensant envers le Premier Ministre. Mais bien entendu, les gens sont vite devenus très curieux à propos de cette « bande-annonce censurée ». C'est ironique, parce que c'est exactement ce dont parle le film : gagner de la visibilité en étant controversé. Aussi, l'une des chaînes dont Berlusconi est propriétaire a dit en prime-time à des millions de téléspectateurs que le documentaire n'était pas crédible.
Ahah. Bien joué ! Plus sérieusement, est-ce que ça vous effraie que, selon la BBC, 80% des Italiens reconnaissent que la télévision est leur principale source d'information ?
J'ai grandi en voyant la télévision ruiner ma génération. Ricardo, que l'on voit dans Videocracy, en est le parfait exemple. Il travaille à l'usine et passe son temps dans des castings pour des programmes de télé-réalité qui mélangent kung-fu avec La Vida Loca, mais qui n'est jamais sélectionné. Donc il devrait être au courant qu'il sert de chair à canon pour la télévision, mais il ne l'est pas. Pas du tout, même. Il a honte de son vrai travail et pense que s'il n'est pas connu, il n'obtiendra jamais le respect des femmes. Mais le pire, c'est qu'il n'est pas en mesure de l'obtenir par lui-même non plus.
VIOLA AFIRA
Videocracy est vraiment ouf, faut que vous trouviez un moyen de le voir (internet + torrent, enfin, démerdez vous)
Rédigé par : Gras | 17/12/2009 à 09:55
Tout le monde cherche les sous-titres fr ou en sur les sites de torrents majeurs... mais personnes ne les trouve. Coup de pouce?
Rédigé par : Robino | 28/12/2009 à 00:17